Le PLR contre les infirmières à l’heure de la pandémie

21 Mai 2020

On peine à en croire ses yeux : en pleine pandémie, le PLR attaque les pensions des infirmières ! Dans la Tribune de Genève du 8 mai (www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/entente-epingle-caisse-pension-letat/story/14225912), le député Zweifel estime que la Caisse de pensions de l’Etat de Genève (CPEG), qui assure notamment le personnel médical des HUG) « aurait dû utiliser le gain » boursier réalisé en 2019 « pour réduire la facture de l’Etat ».

Un rappel : en mai 2019, le peuple avait accepté de recapitaliser la CPEG à hauteur de jusqu’à 5,4 milliards de francs (brochure officielle de la votation du 19 mai 2019, p. 20).

Comme doit l’avouer Zweifel, ce montant est respecté.

La loi 12228 avait été préférée à une loi de la droite qui démantelait les pensions de retraite et d’invalidité. La loi 12228 votée par le peuple permettait aussi à la CPEG d’accepter comme apport en capital des terrains constructibles, qui seront ainsi soustraits à la spéculation immobilière.

On comprend le PLR, qui est financé par les spéculateurs : moins d’argent pour la CPEG, c’est davantage de terrains pour les spéculateurs !

Mais il y a plus grave : en utilisant l’argent gagné en bourse en 2019 (+10.3% de la fortune) au profit de l’Etat, la CPEG aurait fragilisé sa sécurité financière (art. 65 LPP) – comme le démontre déjà la perte subie au premier trimestre 2020 (moins 5.3%) – et donc l’avenir des pensions des assurées.

Le PLR critique encore le changement des tables actuarielles (tables générationnelles au lieu des tables périodiques) : or, il s’agit d’une recommandation des experts-actuaires (que penserait l’expert-comptable Zweifel d’une entreprise qui ne voudrait pas suivre les normes comptables qu’il applique ?).

De plus, la part des caisses de pensions qui ont fait ce changement est passée de 13% à 40% en moins de dix ans, et il est probable qu’une majorité le fasse bientôt.

Ainsi, l’augmentation bienvenue de la longévité (qui ne sera pas trop atteinte, on l’espère, par l’épidémie) ne mettra pas à mal les finances de la CPEG. Là encore, la critique du champion d’improvisation Zweifel (selon la page internet du PLR) est une farce d’un goût très douteux.

Enfin, le PLR critique la baisse du taux technique de la CPEG (en simplifiant, le rendement futur espéré de la fortune, avec une marge de sécurité).

A nouveau, cela découle d’une directive technique (DTA4) de la Chambre Suisse des experts en caisses de pensions.

Zweifel ne suit-il pas les normes d’audit ? On l’espère pour ses clients…

Mais, surtout, le comptable Zweifel ne sait pas compter : l’augmentation du montant de la recapitalisation découlant de la baisse du taux technique est exactement compensée par la baisse du taux d’intérêt du prêt simultané accordé par la CPEG à l’Etat de Genève (brochure officielle p. 14, art. 72 al. 3). Ce réajustement ne coûtera pas un centime aux contribuables.

Rappelons que, déjà aujourd’hui, les prestations de la CPEG sont pires que celles de la Caisse de pensions de la Migros ! En effet, un.e retraité.e de la Migros obtient 1,56% de son salaire pour chaque année d’assurance, alors qu’un.e retraité.e de la CPEG en obtient 1,5%.

En conclusion, les attaques du parti libéral-radical contre les pensions des infirmières à l’heure de la pandémie auraient scandalisé le radical Georges Favon, qui disait : « Pas de progrès sans justice sociale ».

Christian Dandrès, Caroline Marti, Romolo Molo, Alberto Velasco

Post scriptum : pour plus d’informations sur la loi 12228 et les enjeux du sauvetage des rentes en mai 2019

www.infoalternativecpeg.org