La crise sanitaire appelle des réponses politiques de gauche

14 Avr 2020

Depuis le début de la crise sanitaire se multiplient les messages de
soutien au Conseil fédéral. En tête, la RTS que l’on a entendu sonder les
intentions du Gouvernement à la manière des haruspices lisant l’avenir dans les
entrailles des poulets. La fétichisation du pouvoir va bon train. Certain.e.s
voudraient que l’on cesse de proposer et/ou de critiquer au nom d’un
patriotisme d’un genre nouveau : la lutte contre le virus.

Celles et ceux qui prônent l’unité derrière les autorités oublient leurs couleurs politiques et leurs responsabilités dans les conséquences de cette crise. En Suisse, le pouvoir est majoritairement à droite. La nature de classe de la politique qu’il mène n’a pas changé avec la crise. Ses politicien.ne.s  qui applaudissent tous les soirs les soignant.e.s, appellent depuis 2012 au moins à « réformer le mammouth des HUG » et à couper dans les postes. Si les luttes des salarié.e.s de la santé, soutenu.e.s par la gauche et les syndicats, n’avaient pas freiné ces coupes, la crise sanitaire aurait une toute autre ampleur à Genève.

C’est de solidarité dont nous avons le plus besoin en cette période :
solidarité dans le respect des gestes sanitaires, solidarité en faveur des
personnes durement frappées par la crise.

La droite tente de profiter de ce moment pour appeler à l’unité des
partis gouvernementaux invités à mettre de côtés leurs divergences pour le bien
du pays. Un constat s’impose : celles et ceux qui, au PLR, prônent cette
Sainte Alliance contre le virus ne perdent pas de vue les intérêts des groupes
économiques qu’ils défendent. Malgré ses appels au PS, le PLR combat l’adoption
par le Conseil fédéral de mesures pour soulager les locataires et ne se
mobilisent pas en faveur des indépendant.e.s.

La politique est un art stratégique que la droite n’oublie pas de
manier. Tout en accusant ses adversaires de défendre leurs idées, la droite
n’éprouve aucune gêne par exemple à soutenir la demande d’aide à EasyJet alors
que cette entreprise entend toujours verser 72 millions de francs à son
principal actionnaire.

La gauche doit soutenir les mesures déjà prises par les exécutifs
fédéraux et cantonaux, mais également pointer du doigts leurs insuffisances et,
surtout, réclamer des décisions qui permettent de protéger sérieusement les travailleur.euse.s,
les assuré.e.s et les locataires.

L’action du Conseil fédéral et du Conseil d’Etat n’est pas une simple
concrétisation de prescriptions épidémiologiques de l’OFSP, mais des choix
politiques découlant d’arbitrages aujourd’hui trop favorables aux employeurs et
aux bailleurs. Il en va notamment ainsi de la décision du Conseil fédéral de
remettre au travail les salarié.e.s vulnérables.

La gauche doit s’engager dans la bataille pour protéger la majorité de la population. La crise met en lumière les conséquences des politiques néolibérales appliquées en Suisse depuis des décennies. Ces politiques doivent être dénoncées et des solutions proposées. Nous devons soutenir le Conseil fédéral dans ses décisions de protection de la santé de la population mais aussi dénoncer les lacunes qui ont mené au manque de moyens comme les masques ou les respirateurs : il n’est pas admissible de faire croire à la population que les masques ne sont pas nécessaires afin d’occulter les carences du système. Le moment est bientôt venu de mieux contrôler les pharmas qui ont un pouvoir excessif. Les conséquences de la crise vont ouvrir un moment politique durant lequel la gauche doit avancer dans son projet politique, par exemple en revendiquant une révision du système de financement des hôpitaux qui aujourd’hui impose de mauvaises conditions de travail, ou encore l’extension des assurances sociales aux travailleur.euse.s indépendant.e.s. Après la crise, il sera nécessaire de repenser notre filet social notamment en remettant à l’ordre du jour une assurance générale de revenu.

(texte cosigné avec Laurence Fehlmann Rielle et publié dans la newsletter du Parti socialiste genevois)