Intervention au Conseil national en faveur des places de crèche

23 Mai 2020

Dandrès Christian (S, GE):

La minorité que je représente propose de confirmer le choix qui a été fait par notre conseil hier et de maintenir un crédit de 100 millions de francs pour le soutien à l’accueil extrafamilial.
Le Conseil fédéral, ainsi que le Conseil des Etats et la majorité de la Commission des finances soutiennent le fait que la politique de la petite enfance est une compétence strictement cantonale et que, dès lors, il faudrait limiter le soutien de la Confédération à un tiers du montant qui serait nécessaire pour maintenir le nombre de places en crèche.
C’est une approche que l’on pourrait trouver un peu trop formaliste, on ne peut pas répondre de manière étriquée à un besoin essentiel des familles. Ce soutien est en réalité la contrepartie de la fermeture des crèches qui a été ordonnée par le Conseil fédéral dans le cadre des mesures sanitaires. Cette compensation est absolument indispensable pour pouvoir, en quelque sorte, pallier les conséquences de ces mesures. S’il faut donner une justification à ce soutien, il suffit de se demander ce qui se passera si des crèches sont obligées de fermer en grand nombre. Les conséquences sont évidemment économiques, elles sont évidemment sociales.
Parce que, évidemment, pour éviter la catastrophe, il faut que presque deux millions de personnes reprennent le travail, ce qui ne va naturellement pas se faire sans difficultés. La reprise sera possible, pour les parents, uniquement s’ils ont des solutions de garde pour leurs enfants. Dans la mesure où le virus est toujours présent, peu de parents pourront compter sur le soutien de leurs proches, en particulier des grands-parents, si tant est évidemment que cela soit possible. Bon nombre de personnes qui vivent en ville n’ont pas nécessairement la possibilité de faire appel aux grands-parents pour pouvoir s’occuper des enfants. Donc sans places de crèche en nombre suffisant, il y aura un impact très fort sur l’économie, et également sur le fonctionnement des entreprises. Ce sont des conséquences auxquelles le Conseil fédéral a voulu remédier par les mesures qu’il a adoptées et qui sont toujours en vigueur.
Les conséquences vont également être sociales. Parce que faute de crèches ou de ressources pour les financer, ce sera le budget des familles qui va devoir trinquer. Ce sont les familles qui vont devoir compenser ces pertes par des places de crèche qui vont être plus coûteuses ou par la nécessité de réduire le temps de travail pour pouvoir garder les enfants, ce qui induira des pertes de revenu. Or, comme on l’a rappelé hier, il est certain que les femmes et les familles monoparentales seront plus spécifiquement touchées. Or, c’est aussi la volonté du Conseil fédéral, dans le cadre des mesures sanitaires, que de pouvoir maintenir le pouvoir d’achat afin d’éviter que la demande stagne et que la crise économique soit d’autant plus forte. Dès lors, sans faire du jésuitisme, ces quelque 100 millions de francs qui sont sollicités s’inscrivent pleinement dans le cadre du débat sur les mesures économiques qui nous occupent depuis deux jours.
Voilà pour celles et ceux qui ne voudraient pas voir que cet engagement s’impose, tout simplement pour ne pas risquer de voir s’effondrer le résultat, comme on l’a dit hier, de décennies d’efforts en faveur de l’égalité entre femmes et hommes. Mais je n’y reviens pas.
Il est évidemment illusoire de croire que les cantons et les communes vont pouvoir faire face aux effets de la crise. La situation financière de certaines communes et de certains cantons est déjà minée par différentes baisses d’impôts et d’importants transferts de charges que ce Parlement a voulus par le passé.
La troisième réforme de la fiscalité des entreprises va effectivement plomber les finances des cantons qui, comme Genève, vont devoir supporter des coupes de près de 300 à 400 millions de francs; pour le canton de Zurich, on est proche de 500 millions de francs. Et ces communes, dans ces circonstances, vont devoir répondre à une détresse sociale très importante, qu’illustre le retour des soupes populaires. Je ne pense pas qu’il soit besoin d’être grand prophète pour comprendre que les crèches risquent de passer à l’as, car ce ne seront sans doute pas les premières des priorités des communes et des cantons.
Dans ces circonstances, un peu de solidarité fédérale s’impose. Et répondre à ce besoin essentiel des familles est une nécessité absolue pour la minorité que je représente. Je tiens à préciser également que cette somme représente à peine un douzième de celle que le Conseil fédéral a demandée pour le sauvetage de Swiss, dont la fonction sociale n’est pas aussi immédiatement perceptible que celle du maintien des places de crèche.

(Intervention faite au Conseil national, le 5 mai 2020 à 15h30, lors du débat sur le supplément au budget 2020 (20.007)

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